C’est la tournée de Pierre-Elie Jacquemettaz

En 1993 lorsque Pierre-Elie a l’opportunité de gérer la cabane de Mille, il la saisit avec clairvoyance : à cheval sur la commune de Liddes et celle de Bagnes, il a en effet trouvé sa place au soleil sur cette « frontière » bien fréquentée, surveillé de près par l’indémodable Rogneux, de plus loin par le majestueux Grand Combin et le solide Vélan. Rénovée il y a trois ans, la cabane qui accueillait à ses débuts quelque 500 nuitées, en comptabilise à présent réguièrement plus de mille, avec une moyenne de 1200 par année. Épaulé par sa femme Odile, le lidderain vit de juin à septembre dans un petit coin de paradis valaisan, échangeant avec les randonneurs, leur cuisinant des petits plats du terroir, semant ses brins de causette au gré des humeurs des clients, vivant le cœur léger « en tentant de se montrer compréhensif et avenant. »

« Nous accueillons essentiellement des Français. » Si l’on parle majoritairement la langue de Molière à la cabane de Mille, on cause aussi en italien – « une année nous avons été envahis », rigole Pierre-Elie, – en espagnol « ce soir, il y a en a qui dorment »-, et suisse allemand, parfois patois – « Les Suisses aiment de plus en plus la randonnée ces dernières années. » Construite en 1995, idéalement placée sur le tour des Combins, mais aussi du Grand Saint-Bernard, du Val de Bagnes, de Chamonix-Zermatt par les sentiers, de la Traversée des Cols alpins de Coire à Saint Gingolph, la cabane est « facilement accessible des deux côtés, lidderain ou bagnard, pour tout type de randonneurs, même du troisième âge, adaptée pour les enfants également qui peuvent jouer à l’extérieur sans danger. » Quasiment neuve, elle a toutefois gardé un traditionnel « esprit de cabane » qui lui va à ravir.

23 ans de gardiennage de cabane, ça forge naturellement le carctère. En lien avec les éléments, Pierre-Elie sait s’adapter aux situations, aux gens, à la vie : « J’aime les gens, le contact. » Jacques, un habitué de la cabane, n’hésite pas à affirmer qu’ « il a ça dans le sang. »
Cette propension à s’ouvrir aux autres, il a dû toutefois se l’insuffler : « J’étais un grand timide, j’ai dû me bagarrer contre ce trait de caractère. J’ai fait pas mal de progrès en 23 ans », se rassure le Lidderain qui adore « donner des conseils aux randonneurs sur le choix de leurs itinéraires et papoter avec eux. » Invariablement de bonne humeur, Pierre-Elie sait rester positif et tolérant : « J’esssaie de ne pas être trop rigide, trop près du règlement. » Un côté conciliant et accommodant qui plaît et qui peut être de grand secours lors du trail du Grand Saint-Bernard notamment : « Il faut accepter que ce jour-là est un peu plus compliqué que les autres. »

« Une année, nous ne comprenions pas ce qui nous arrivait: des cohortes d’Italiens ont débarqué sans discontinuer à la cabane. Nous avons compris par après qu’un guide touristique avait réalisé un sujet sur nous et qu’il l’avait publié dans un prestigieux magazine transalpin, Montagne » sourit Pierre-Elie qui nous sert une deuxième anecdote au parfum floral et corsé: lors du trail Verbier Saint-Bernard, il pousse parfois la solidarité jusqu’à servir -lorsque cela est nécessaire- un ravitaillement « coup de fouet » qui a fait ses preuves: « Une demi-gentiane aux traileurs au bout du rouleau: ça leur permet de terminer la course. » Revitalisant, l’arrêt à la cabane!

Romy Moret

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