Maurice Vaudan, gardien du bisse des Ravines

Durant toute la saison estivale, une trentaine de gardiens assure à tour de rôle une surveillance journalière du bisse, à l’image de Maurice Vaudan. Brusonain pur souche, le jeune retraité surnommé « Cacao » s’est porté volontaire pour « ouvrir et fermer le robinet » du bisse remis en eau en 2014 sur l’initiative de l’Association pour la valorisation du patrimoine de Bruson.

« Ce n’est plus un bisse qui sert à irriguer mais bien un bisse touristique », explique avec enthousiasme, Maurice Vaudan, en nous emmenant ce matin d’août à 7h au lieu de la prise d’eau cadenassée : « C’est simple, il suffit d’ouvrir le cadenas le matin et de le fermer le soir» sourit-il, fier de donner un coup de main à la valorisation de ce qu’il considère comme un élément important du patrimoine de son village. Si aujourd’hui, Cacao est entièrement convaincu par cette initiative, il ne le fut pas d’emblée : « J’ai dû revoir mon jugement initial, je trouvais l’idée un peu folle et inutile. Force est de constater qu’elle est totalement judicieuse ! », reconnaît-il en checkant sur son téléphone le nombre de passages enregistrés journalièrement: «Nous sommes le 18 août. Depuis le 8 mai, le bisse a enregistré 35’436 passages, une moyenne de 351 par jour, le record étant le 7 août avec 993 passages. »  Une affluence qui s’explique aussi par l’exposition Batinta du Palp Festival qui égaie de manière féérique le bisse cette année.

L’inspiration à fleur d’eau

L’eau ouverte à 7h15, il s’agit de se dépêcher de marcher jusqu’au départ du bisse, afin de précéder sa venue : c’est plus simple pour procéder aux « menus nettoyages ». « J’ôte les pives et autres déchets qui s’accumulent à certains endroits. Cette année avec les petites installations de l’expo du Palp, il faut être encore plus vigilants. » Les foulées sont rapides, calculées et bien maîtrisées : Cacao connaît par cœur le bisse qu’il chouchoute avant l’arrivée de l’eau : « Elle met environ une heure pour rejoindre le départ. »  Parcourant le doux relief du bisse, les eaux glissent lentement le long de la pente dont la douce inclinaison est accidentée par quelques petites cascades ainsi que les installations artistiques : Sur son passage, l’eau serre les mains de la fontaine de l’artiste Tony Vaudan, active les ouvriers miniatures, remplit un mini réservoir suspendu à un arbre, fait bruisser un tube en métal, une tige et une plaque en acier, fait jouer la mélodie du bateau-metallphone, numérise les gouttes d’eau du bisse devenues pixels led…. Le bisse apaise, inspire et transporte le visiteur tout comme le gardien Maurice Vaudan, aussi utile au bon fonctionnement du bisse que ne l’était le « batinta »* : «  Ce soir, je reviens fermer l’eau et demain, c’est un autre qui prend la relève… »

Romy Moret

Maurice Vaudan avec le batinta!

*Le batinta est un moulin à eau qui, entrainé par l’énergie hydraulique, actionnait un marteau battant le rythme dans le but d’envoyer un son reconnaissable jusqu’au village. Les villageois pouvaient alors savoir si le flux d’eau était correct, si le bisse était obstrué ou si le courant était trop important. « Le bruit du Tin, le bruit du Ta ».

Il faut compter environ 2h pour faire l’aller-retour et s’amuser avec les installations de l’expo Batinta du Palp.

Le bisse des Ravines

Construit entre 1906 et 1908 par les consorts de Bruson, le bisse servait à irriguer les champs du village et à transporter l’eau depuis le torrent de Versegères. Chaque année, la mise en eau était rigoureusement contrôlée et une vingtaine de personnes se relayaient pour effectuer les travaux: placer les cheneaux, curer la raie, enlever la pierre à la prise d’eau, surveiller l’écoulement, etc. Le bisse ne fonctionnait que deux à trois semaines durant l’été. L’eau était alors une ressource précieuse et les autorités communales réglementaient son utilisation. L’exploitation du bisse est interrompue en 1942. Sur l’initiative de l’Association pour la valorisation du patrimoine de Bruson, le bisse des Ravines est remis en eau en 2014. Désormais considéré comme un attrait touristique et un élément du patrimoine local, le bisse «d’origine» est prolongé de 500 mètres jusqu’au torrent de Bruson, où l’eau se déverse sans avoir servi à l’irrigation. Une trentaine de gardiens en assurent à tour de rôle la surveillance journalière.

https://www.verbier.ch/ete/inside/destination/lieux-incontournables/bisse-des-ravines/

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