Serge Lattion capte le plaisir en chemin

Il court comme on marche et parce qu’il aime ça. Sans planification précise d’entraînement, juste quand il en a envie. Donc très souvent. Pas après le chrono, le podium et la « gloriole ». Ce n’est pas que le vainqueur du Trail du Vélan, de la Swiss Peaks et du Trail des Patrouilleurs veut se la jouer « humble », mais le bagnard d’origine orsiéraine n’est pas un compétiteur dans l’âme : « Je ne suis pas obligé d’avoir la performance au bout du parcours. Une victoire ne change pas ma vie. » Pour lui, le sport, plus particulièrement la discipline du trail, mais aussi le vélo et les sommets de la région, qu’il gravit à présent, représentent « sa norme ». La force de l’évidence se lit sur le visage de cet homme dont les capacités physiques hors du commun lui permettent accessoirement de jouer les premières places sur des compétitions courtes, moyennes et longues distances, d’ancrer ainsi fermement sa passion dans sa réalité.

« C’est bien égal le chrono! Pour moi, le plaisir réside dans le chemin parcouru. Je fais toujours des photos, j’aime lever la tête en course et regarder autour de moi. »

Serge Lattion, trailer

Il y a quelques jours déjà, lorsque la journaliste posait ses questions au vainqueur de la Swiss Peaks, ce dernier s’apprêtait à gravir le Cervin le lendemain et la Dent Blanche le surlemendemain, avec une amie guide de la région. Une corde de plus à l’arc sportif de Serge Lattion déjà bien fourni : s’offrir en prime quelques sommets emblématiques, pour « le bien-être », « le plaisir tout simplement. » Un sacré bonhomme qui, s’il s’inscrit sur les trails alentours, c’est surtout dans le but de « découvrir ou refaire des parcours de ma région. La diversité m’inspire. Avec la Swiss Peaks, j’ai pu traverser la moitié du Valais, c’est génial. » C’est dans cette optique d’ailleurs qu’il a pris le départ de cette course qu’il a accrochée à son palmarès déjà bien garni. « Franchement, je ne tiens pas de registre, le classement est secondaire, même si ça fait toujours plaisir de monter sur le podium, de partager un moment d’amitié et un verre avec ses amis après la course. » Et on le croit, lui qui n’hésite pas à attendre ses concurrents ou prendre des photos en pleine course : « Sur une compète, j’allais plus vite des portions de parcours, puis j’attendais le deuxième. Il m’a dit Serge je crois que tu peux battre le record, il m’a donc demandé d’y aller ! », se souvient Serge qui n’accorde aucune importance au chrono : « C’est bien égal. Pour moi, le plaisir réside dans le chemin parcouru… pas dans les séries, les intervalles. Quand mes copains me racontent leur manière de s’entraîner, je suis sidéré ! Parfois, on a que le volume d’entraînement en commun. Moi ? Prendre un coach ? Pas question ! Je cours pour mon plaisir, je ne me pose pas de questions : quand ça va pas, je bâche, y a pas de règle », sourit Serge, qui apprécie beaucoup la beauté des paysages : « Je fais toujours des photos. J’aime lever la tête en course et regarder autour de moi.»

« J’aime gravir les sommets emblématiques de la région pour le bien-être et le plaisir tout simplement. »

Serge Lattion

Le Val de Bagnes lui sied

Jeune, Serge a pratiqué le foot à Orsières, fait du cross, puis un jour participe à la feu Patrouille des Rochers à l’âge de 22 ans : « C’était le début des trails. J’ai pris le train en marche. » En 2005, il s’inscrit pour la première fois au Tour du Mont Blanc qui deviendra progressivement l’UTMB et dont l’organisation et le nombre de coureurs n’est pas encore ceux que l’on connaît actuellement. Il part sans trop se poser de questions, la fleur au fusil, avant que la réalité ne le rattrape à Champex : « J’ai dû arrêter. Je m’étais tout briqué. » Par la suite, Il ne deviendra pas subitement la « bête de course » que l’on connaît : « Non, non, je n’ai pas direct bien tourné ! J’ai vraiment mis la compresse ces trois dernières années. » Depuis qu’il a emménagé dans le Val de Bagnes ! Devenu responsable télécommunications chez ALTIS, il s’entraîne désormais ici : « Avant je montais de l’autre côté de la montagne, maintenant de ce côté-ci. »

Une vie de travail et de sport

Doté d’un très fort mental et d’une endurance incroyable, Serge n’abandonne que très rarement. Mais si un couac survient, comme sur le Tor des Géants il y a quatre ans ou sur la X Alpine l’an dernier, il sait digérer rapidement : « Je ne le vis pas comme un échec. On ne sait pas pourquoi ça fonctionne mieux parfois que d’autres. Je repars plus tard sur une autre course, sans pression, car la performance est secondaire. » Excellent en course à pied, en vélo et en escalade à présent, Serge vit sa vie entre le travail et le sport : « J’aime varier les disciplines. Réussir à gravir de jolis sommets de la vallée me rend heureux. C’est différent. » Boulimique de la bougeotte, Il lui arrive fréquemment de courir le matin, puis d’enfourcher son vélo l’après-midi. « Pour moi, le vélo c’est de la récupération. » Justement, la récup, ça se passe comment ? « Très rarement » rigole-t-il ! « C’est ce que je dois améliorer. »

Romy Moret

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