Samuel Filliez, « chercheur de cailloux »

Pris depuis l’adolescence par la chasse aux minéraux, Samuel Filliez part très souvent à la poursuite des minéraux des Alpes. Le Brusonain a reçu la « flamme » de son papa avec lequel il partage sa passion: sur les traces paternelles, il accumule les pièces trouvées dans la région, dans le massif du Mont Blanc et dans d’autres pays du monde. Chercheur, collectionneur, membre du comité de la section bas-valaisanne de minéralogie et responsable de la bourse aux minéraux de Martigny depuis 2018, le cristallier possède une magnifique collection dont il présentera quelques beaux spécimen du coin au marché de Noël de l’Association Bagn’art ce weekend au Châble.     

Chez lui à Bruson, Samuel a reconverti sa pièce bureau en mini musée qui accueille ses plus belles pièces.

Pour Samuel, les cailloux sont des bijoux. Chez lui à Bruson, on en trouve dans tous les recoins de sa maison, principalement dans son bureau reconverti en mini musée. Posés ça et là, ils témoignent silencieusement de la passion débordante que voue le bagnard aux minéraux. C’est que dès l’âge de dix ans, Samuel a suivi son papa «  aux cristaux », ce qui a fait naître chez lui un grand attrait pour cette activité. Claude, son papa s’est lui-même découvert cette passion gamin, alors qu’il était berger au mayen, en décombrant les prés : « Un jour, il a retourné un caillou sur lequel se trouvait des cristaux, du quartz. » Rien d’exceptionnel, mais cet événement sera à l’origine de la passion qui naîtra progressivement en lui : « Curieux, il a voulu savoir comment cela se faisait que ce minéral était là et comment il s’était formé. Il s’est intéressé de plus près à toutes ces choses en lisant des bouquins. De fil en aiguille, il s’est mis à aller chercher des cristaux », raconte Samuel, admiratif, qui a lui aussi attrappé le virus. 

La découverte de « poches » est toujours source d’une énorme satisfaction pour les chercheurs de cristaux tels que Samuel.

Ouvrir des poches alpines

Aller aux cristaux ne se résume pas à partir marcher en montagne et attendre les trouvailles : « Nous travaillons à des endroits précis. Chaque année la roche bouge : avec le gel-dégel, ça travaille, rendant les découvertes potentiellement encore possibles dans ces zones-là. » Toutefois, en début de saison, au printemps, l’heure est à la prospection : « On part avec du matériel léger à la découverte de nouveaux coins. » Employé à la douane commerciale du tunnel du Grand-Saint-Bernard, Samuel se rend aux cristaux à chaque fois qu’il le peut : « Principalement durant la bonne saison, de juin à septembre. Entre-saison, nous allons aussi en forêt, en carrière, mais notre but principal est vraiment d’essayer d’ouvrir une poche alpine, entre 2000 et 4000 mètres. » A Trient, mais aussi du côté du Val Ferret ou du Val d’Illiez qui recèle des quartz fenêtres. « C’est très paradoxal, mais nous cherchons des spécimens qui ont eu des soucis de formation,  qui sont tordus, car étant plus rares, ils ont naturellement plus de valeur. » Membre du club de minéralogie de Martigny tout comme son papa, Samuel et les autres membres se réunissent chaque mois pour échanger au sujet de leur passion : « Il y règne toutefois une certaine culture du secret. Tout le monde est content de montrer ce qu’il a trouvé, mais personne ne veut vraiment dire d’où ça vient, de peur d’attirer trop de curieux dans nos coins. »

Sous les séracs du Trient en fin de journée, août 2019.

Trient, de belles « journées cailloux »

A Trient cet été, Samuel y a fait de belles découvertes qu’il décrira dans le cahier de la revue de minéralogie qui paraîtra en février : « On s’y rend au moins 5 à 6 fois en été depuis trois ans maintenant. Si le glacier recule malheureusement , il révèle en revanche par son retrait des zones que personne n’a jamais vues. J’y ai vécu des instants rares. Le premier jour de mes découvertes cet été, j’ai regretté que celui qui m’accompagne le plus souvent dans mes pérégrinations miéralogiques, mon papa, ne soit pas là. J’ai fait des photos et une vidéo pour pouvoir revivre ces moments magiques une fois de retour chez moi. » Comme il l’écrit pour la revue, ses découvertes sont de taille : « Le verdict tombe lors du pesage du sac à domicile : 22kg. Et avec la faible diversité de son contenu, plus de 20kg de cristaux !! Deux gwindels de bien 15 x 15 cm m’ont fait particulièrement plaisir aussi. Même couchés et un peu chlorités, ils n’en restent pas moins de sympathiques trouvailles à mes yeux ! » 

La prospection

« Nous cherchons des poches naturelles dans lesquelles des liquides hydrothermaux ont coulé au moment de leur formation et qui se sont cristallisés où il y avait de la place, une faille, prenant les minéraux des roches alentours. Ici dans le granit des Alpes, nous cherchons des filons de quartz qui sont perpendiculaires au sens de la roche. » Avec les années d’expérience, Samuel « a le nez » ou plutôt des yeux aiguisés de cristallier pour repérer les coins qui vont livrer des trésors : « En observant la structure de la roche, j’y vois souvent une logique au premier coup d’oeil, mais cela ne veut pas dire que c’est bon : très souvent, l’endroit a déjà été fouillé ou ne présente rien d’intéressant : c’est pas tous les jours qu’on remplit le sac », sourit Samuel qui se rend aussi dans les mines au Maroc, en France dans le massif du mont blanc ou en Italie.

Un gwindel fumé trouvé au Dolent.

Les bourses pour vendre et échanger 

« Avec mon papa, nous avons commencé à faire les bourses. On s’est motivés à vendre certaines pièces, car le plancher de l’appartement à Martigny où nous stockons Le plus gros de nos trouvailles va bientôt tomber… Les trier et ranger prend bientôt plus de temps que de les chercher », rigole Samuel qui enchaîne plus sérieusement : «  Au bout d’un moment, au lieu de les avoir dans des cartons autant qu’ils soient mis en évidence ailleurs. Les bourses permettent aussi de partager sa passion avec les gens. En tant que passionnés, nous gardons les plus jolies pièces, car nous ne pouvons pas nous en séparer. » La difficulté majeure réside dans le prix à fixer pour les minéraux, du moins pour les belles pièces : « Les gens sont attirés vers celles-là, que tu veux justement garder et que tu montres pour attirer l’œil. Bon, on en a quand même vendues…. » Très attachés à ses cailloux, Samuel entretient une relation particulière avec eux : «  C’est sentimental : ils me rappellent à chaque fois l’histoire de leur découverte. »

Aragonite du Châble

La chasse au trésor 

« Ce qui nous a toujours plu avec mon papa, c’est le côté «  chasse au trésor » de l’activité : «  Tu sais jamais sur quoi tu vas tomber, tu peux travailler dans une zone pendant une heure et repartir bredouille ou trouver quelque choses d’exceptionnel. »  Comme à Trient cet été : « lorsque, dans de très rares cas, on arrive sur une faille mûre, accessible et de surcroit intacte, le bonheur d’une telle « rencontre » – comme j’aime à le dire – est quasi indescriptible ! Et le fait de partager cette passion avec mon papa et les copains, c’est un échange formidable. » Fan de randonnée et de trails, Samuel a naturellement fait se greffer ses autres hobbies sur sa passion des cailloux, qu’il a commencé à transmettre à ses enfants.

Romy Moret 

Présent au Marché de Noël Bagn’art ce weekend au Châble, Samuel Filliez présentera et vendra des minéraux trouvés dans la région.

Pyrite de Verbier

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