Arnaud Boisset, la force de l’équilibre

Au bénéfice d’un premier podium en Coupe d’Europe l’an dernier, Arnaud Boisset garde la même trajectoire pour la saison qui s’annonce, avec pour objectif une place dans les trois premiers. Intégré au cadre B de l’équipe de vitesse, le skieur du ski-club Bagnes espère prendre du galon et travaille dur pour s’immiscer tout prochainement dans le cirque blanc des tout grands. En parallèle, l’athlète « à l’esprit sain dans un corps sain », ne délaisse pas l’activité neuronale, en menant de front des études universitaires à distance, histoire d’assurer judicieusement son avenir.

En pause quelques jours, de retour à la maison à Martigny, Arnaud Boisset ne s’octroie toutefois que peu de répit : « engagé » sur les vignes familiales, il manie le sécateur entre deux classeurs de cours. Si le skieur du SC Bagnes a délaissé momentanément les skis, il n’est pas désoeuvré pour autant : « Je respecte tous les jours une certaine discipline, même en congé. » Le décor est planté : s’il a les lattes qui glissent plutôt vite sur la neige, Arnaud a les pieds bien sur terre et la tête sur les épaules. « Je sais qu’il n’y a que par le travail que l’on atteint ses objectifs. Je sais aussi que les obstacles sont vite arrivés dans le sport de haut niveau, qu’une blessure peut tout chambouler. C’est pourquoi je ne néglige pas mon plan B. » À savoir des études universitaires avec Uni Distance après avoir obtenu sa maturité gymnasiale et dans la foulée la maturité commerciale.

Les études, bon pour la tête!

Après cinq années à l’école de sport du Collège spritus sanctus de Brigue à l’issue desquelles il a obtenu sa maturité, Arnaud effectue un an de stage pratique auprès de Sinergy à Martigny, ce qui lui vaut un CFC d’employé de commerce et une deuxième maturité mais cette fois commerciale : « Je suis heureux, car avec ce papier, je peux vraiment travailler. Ce fut très enrichissant de découvrir le monde professionnel. » Intégré dans le cadre B de vitesse, il poursuit ses études à distance dans l’optique d’obtenir son bachelor en économie et management. « Les études me donnent un bon équilibre psychique avec le sport. C’est bon pour la tête. » Partageant régulièrement sa chambre avec le skieur Yannick Chabloz qui étudie lui aussi, il jouit d’une saine émulation : « On s’encourage l’un l’autre à ouvrir nos cahiers. Nous avons le même rythme, les mêmes objectifs… ça motive. » Charge encombrante de travail ? Pas vraiment : « Mes résultats ne sont pas meilleurs lorsque j’ai plus de temps libre. J’ai réussi à trouver le bon équilibre entre entraînement, études et repos. Et j’aime étudier. Je n’y suis pas contraint, c’est mon choix, c’est ma vie.»

Performer en Coupe d’Europe

Arnaud Boisset lors de l’entraînement de la descente de Coupe du Monde à Wengen le 17 janvier 2019. (KEYSTONE/Jean-Christophe Bott)

« Cette année, je fais une vraie saison en Coupe d’Europe avec des visions sur la Coupe du Monde. » Le descendeur sait en effet qu’il a la possibilité de prendre des départs en Coupe du Monde, mais cela n’est pas la priorité : « C’est réalisable, en fait ce serait le petit susucre. Il faut toutefois que plusieurs paramètres soient réunis, notamment qu’il y aient des places et que le calendrier joue. Car on nous demande d’abord de performer en Coupe d’Europe, afin de terminer dans les trois premiers au terme de la saison et d’assurer ainsi notre place nominative en Coupe du Monde. » Aidé dans ce jeu tactique par ses entraîneurs, notamment Franz Heinzer à la tête du groupe de vitesse, Arnaud met le focus donc sur la Coupe d’Europe : « L’année passée, j’ai réussi un podium et j’ai fini 12ème au terme de la saison. Cette année, j’ai plus d’expérience, je connais les pistes. C’est clairement jouable. »

L’équilibre de la force tranquille

« Dans ma tête, je suis prêt. Je reste sobre en toutes circonstances. Et si le succès me sourit un jour, j’aimerais le rester. »

Arnaud Boisset, membre du cadre B Swiss Ski

« Dans ma tête je suis prêt. Je reste sobre en toutes circonstances. Et si le succès me sourit un jour, j’aimerais le rester. » Les excès ne font pas partie de la personnalité du Martignerain qui la joue calme sauf en course : « Lorsque je skie, je prends des risques. Mais je ne le dis pas. » Tranquille, mais pas effacé pour autant , Arnaud sait ce qu’il veut et où il va. Une attitude qui ne l’autorise pas à écraser les autres : « Ce sont certes des concurrents, mais surtout des copains avec lesquels je suis solidaire et que j’encourage. Moi je me bats contre un chrono, pas contre les autres. » Peu enclin à se montrer, Arnaud parle toutefois volontiers de lui lorsqu’on le lui demande : « Je me plie avec plaisir à l’exercice de l’interview, car j’apprends à me connaître tout en parlant. » Volontaire, il ne donne en revanche pas tout ce qu’il a dans le ventre à l’entraînement : « Chez moi, les entraînements ne sont pas représentatifs de ma forme. Ce n’est pas là que ça se joue. Je n’aime pas ces moments, car j’aime ce qui compte ! J’en garde toujours sous les lattes. Je préserve mon énergie pour la compétition, durant laquelle je me donne toujours à 100% ! » Amoureux de la vitesse depuis tout petit, il trépignait d’impatience de pouvoir enfin s’élancer en descente : « J’ai vraiment été content quand après les OJ j’ai enfin pu en faire. S’il existait une discipline qui irait encore plus vite, je serais adepte ! » Intrépide, Arnaud n’a jamais peur : « Je ne sais pas expliquer pourquoi je n’ai pas vraiment de limites. » Des limites qu’il cherche à dépasser aussi au niveau du mental : « La marge du travail que l’on peut faire à ce niveau-là est énorme. C’est là que se fait la différence actuellement entre un bon sportif et un gagnant. »

Souvenirs…

« Yves Maret est le meilleur entraîneur que j’aie jamais eu. Il était strict et exigeant: c’était lui le patron. Il me tirait vers le haut. J’aimerais aujourd’hui qu’on me pousse comme il a su le faire. »

Arnaud Boisset, skieur du SC Bagnes et membre du cadre B Swiss Ski

Des personnes qui l’ont marqué sur son parcours de skieur ? « Grégoire Farquet. Sa personnalité m’a impressionné et beaucoup aidé. Philippe Corthay avec lequel j’ai toujours eu de bons contacts. Mais si je ne devais citer qu’une personne ce serait Yves Maret. C’est le meilleur entraîneur que j’aie jamais eu. Dommage qu’il ne soit pas dans la structure de Swiss Ski, il ferait beaucoup de bien ! » Sur la piste de la Pasay, sur laquelle le jeune Arnaud de l’époque a appris à skier, il se remémore ses premiers contacts pourtant difficiles avec l’entraîneur bagnard : « Il était strict, exigeant. C’était très difficile, j’avais d’ailleurs même été jusqu’à imaginer un putsch pour l’évincer ! Mais je me suis vite rendu compte qu’il détenait la meilleure des façons de faire : c’était lui le patron et il avait raison. Il me tirait vers le haut. J’aimerais aujourd’hui qu’on me pousse comme il a si bien su le faire. »

Romy Moret

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