André Guinnard : le poupon anglais devenu l’un des agents immobiliers historiques de Verbier

«Tu peux, en quelques mots, me résumer ton parcours de vie ? ». A cette question, tout le poids d’une vie fort bien remplie s’est abattu sur les épaules pourtant solides d’André Guinnard : « Mais cette jeune journaliste ne se rend évidemment pas compte de ce que représente 80 ans de vie mouvementée !! » Passée l’incrédulité, André se mit en quête de répondre à cette attente somme toute ambitieuse : comme à l’accoutumée, l’agent immobilier ne plia toutefois pas devant l’adversité : « OK Romy, mais retiens que les souvenirs trichent avec le vrai et deviennent vrais dans les souvenirs. Je ferai de mon mieux, sachant aussi que les souvenirs s’ancrent par les émotions et que la valeur de ces émotions évoluent avec l’âge ».

( Photo de couverture : André Guinnard à Chassoure hiver 60/61 préparant le souper des patrouilleurs à l’intérieur du local non chauffé, de la télécabine de Tortin. Ils y dormaient maximum à trois. Objectif: être prêts pour déclencher les avalanches, du nuit comme de jour…)

Le poupon dans les bras de Churchill

C’est ainsi que André Guinnard, l’un des agents ou gestionnaires immobiliers historiques de Verbier, dont la curiosité et la soif de connaissance n’aura d’égal que la persévérance et le respect des valeurs inculquées naquit à Londres. Son grand-père maternel, Leon Guinnard, un paysan né à Gletterens dans la Broye fribourgeoise, émigra en effet très jeune en Angleterre, afin d’y trouver du travail. Devenu chef caviste dans l’hôtellerie de luxe, il épousa Selena Davidson et devinrent les heureux et sévères parents d’une fratrie de quatre filles et un garçon, dont la maman d’André, Violette, qui était leur deuxième fille (1920-1987). Elle devint rapidement Head Waitress, aussi dans des hôtels prestigieux, comme le Cumberland, le Dorchester ou le Savoy à Londres. « Pendant la guerre, comme cheffe de rang, elle servit De Gaule, Churchill (qui nous a d’ailleurs pris dans ses bras, mon frère Alan et moi !), Fred Aster, Rita Hayworth, future épouse de l’Agha Khan, etc., et de la future Reine d’Angleterre, qu’elle a servi à table lors de ses fiançailles avec le Prince Philippe. » Elle servit aussi un certain Donald Cameron dont elle tomba enceinte. Ainsi vit le jour André Guinnard, le 24 février 1942 à Maidenhead, dans un hôpital à l’abri des bombardements.

Le nom de maman

« Ma mère, n’étant pas mariée, j’ai automatiquement porté son nom, Guinnard, jusqu’à ce que je prenne le nom de mon père biologique qui m’avait reconnu. » Vint ensuite Alan, le deuxième enfant qu’elle eût de lui. « Plus tard, maman maria Francis Irvine, qui nous donna son nom en 1948. Je suis donc à ce moment-là Roy Andrew Irvine. » De cette union, sont ensuite nés Michael et la cadette, Hazel Bernadette. Le décor généalogique étant planté, André précise qu’en 2021, « nous sommes tous les quatre en bonne santé et installés en Valais. »

Les Marécottes, puis Verbier

« Notre petite sœur étant née avec un problème respiratoire, le climat humide de l’Angleterre pouvait lui être fatal. Suivant l’avis du médecin qui conseilla à maman de déménager vers un pays au climat plus sec, la mère d’André pense à la Suisse avec laquelle elle a de lointaines attaches. Serait-ce une solution ?  La réaction rapide du médecin précipita sa décision : Connaissant une institution qui qui pourrait accueillir ma sœur, il mentionna le village de Salvan. Il y a là un Préventorium tenue par des Sœurs, catholiques comme vous, nous dit-il ». C’est ainsi, qu’après bien des péripéties, la famille d’André est arrivée en Suisse… « Malheureusement sans le papa qui n’a pas voulu quitter son Angleterre. » André reçut donc la nationalité suisse à l’âge de 12 ans, redevenu Guinnard. « Après avoir été placé dans diverses familles de Suisse Romande, à 12 ans ,j’étais aux Marécottes. » Encore à l’école, il prend déjà goût à l’entrepreneuriat avec un commerce d’escargots. A 17 ans il fréquente l’Ecole d’agriculture de Grangeneuve : « Mon rêve et mon objectif étaient de partir en Afrique pour contribuer à professionnaliser l’agriculture par la formation des jeunes. 

Porteur de pain, patrouilleur et chef de munition

Mais d’abord, il fallait bien gagner quelques sous : « J’ai commencé comme porteur de pain Aux Croquignoles à Verbier, puis Patrouilleur à Téléverbier. » C’est aux Ruinettes où il loge parfois qu’il rencontre sa future épouse Rosemarie Vouillamoz, d’Isérables… et adieu l’Afrique : « De cette relation sont nés (entre 1963 et 1966) Françoise, Gérald et Daniel. Nous avions 20 et 23 ans et étions très pauvres. » André effectue ensuite l’école de recrue comme ‘’Soutien de famille’’ : « Comme je savais faire des bombes pour déclencher les avalanches et que j’étais bon tireur, j’ai passé mes cours comme Appointé, chef munition pour mon régiment, ce qui me permettait de choisir des jours de congé, pratique pour ma vie professionnelle et surtout familiale. »

Les débuts de l’agence

En 1964, André passa son brevet de prof de ski, puis, avec Denis Bertholet et Harold Baumeler, ils fondèrent la ‘’Nouvelle Ecole de Ski’’,  « la première ‘’deuxième’’ école de ski dans une station suisse. Une secousse sismique qui nous valut batailles homériques et quelques séjours à l’hôpital, mais aussi un solide apprentissage de la vie ! » Entretemps, avec Rosemarie, ils posèrent dès 1965 les jalons d’une agence immobilière qui allait connaître assez rapidement un succès flatteur. « Etant donné que j’aime donner des leçons aux autres, j’ai lancé les cours ‘’Immobilier de loisirs en station’’, d’abord pour le Centre professionnel de Sion, puis au Centre Patronal de Lausanne (pour les Romands). Je devins naturellement expert suisse aux examens pour le brevet d’agent immobilier, avec un accent tout particulier sur la pratique de la PPE. »

Sportif et entrepreneur « multi tasks »

Persévérance et esprit d’initiative sont au menu de la vie professionnelle et sportive d’André qui se traduit par une grande hyperactivité. En sus de son travail en tant que prof de ski, André excelle en effet dans de nombreuses autres disciplines : « Moniteur Jeunesse et Sports pour le ski et le hockey, je faisais beaucoup de vélo et de course à pied aussi. Je me décris comme étant plutôt endurant que vif. » Une vivacité d’esprit en revanche anime André qui a initié ou cofondé de nombreuses associations, clubs, compétitions sportives, sociétés commerciales en Suisse et à l’étranger. « J’ai souvent assumé des responsabilités dans divers comités. J’ai aussi eu le plaisir de construire des chalets et des immeubles en zones de loisirs à Verbier et ailleurs et exploité avec profit une agence immobilière à Londres. Notre agence de Verbier a imaginé et mis en pratique le tout-compris pour les locations saisonnières, la classification des logements de vacances par étoiles, le premier indice des valeurs immobilières en montagne, les premiers transports publics gratuits en station…. » Les diverses études statistiques et articles publiés dans des revues spécialisées ont permis à André de donner des conférences sur quatre continents, expériences qui lui ont valu d’être sollicité en tant qu’expert, conseiller et même expert auprès des tribunaux.

Romy Moret

Pour plus d’archives, consulter : www.ourverbier.ch

A l’origine du Parti Libéral

En 1989, avec des citoyens de Verbier, nous créons la première section d’un Parti Libéral, à Bagnes. Je participe quelques semaines plus tard à la fondation du Parti Libéral Valaisan, à Sion. Un Journal Libéral est édité, dont je deviens responsable de 1998 jusqu’à l’an 2000, année où, comme secrétaire cantonal, je cosigne la fusion de PL avec le Parti Radical Valais. C’est ainsi que le Parti Libéral Radical ou PLR Vs est né. Je viens de terminer huit années d’activité au Conseil Général de la Commune de Bagnes.

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